Mardi 26 janvier 2010
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Je repense à Choir (je n’ai pas tout dit : impossible, décidément, de quitter Choir). J’ai le fort soupçon (je ne suis pas le seul) que l’épouvantail qui se trouve au centre de cette île maudite
dissimule la trappe dont est issu son peuple, et que cette trappe est celle du célèbre cylindre surbaissé du Dépeupleur. Que Choir ― pour en donner l'échelle ―,
c’est Le Dépeupleur à ciel ouvert, quelque part au large, cap au pire, de l’Afrique. En tout cas c’est mon impression. Je repense (les livres aussi ont des ondes de choc) à la gravité
qui gagne peu à peu le texte, jusqu’à ce passage magnifique, p. 244-45 :
On vit pour la première fois des hommes et des femmes renoncer à vivre. Ils se
couchaient là, adossés au mur de leur maison
(autant de Belacqua)
et les eaux montantes les engloutissaient. Ils se sentaient soulevés à l’instant de mourir et l’agonie en cette
occurrence était bien la plus douce chose qui leur fût arrivée et la plus douce promesse qui pouvait être faite aux vivants : ils la croyaient tenue déjà. Ils embarquaient sur les eaux vives,
dans le seul bâtiment de leur corps. La gorgée ultime qui les noyait les enivrait mieux que douze pipes de chanvre. Ils partaient enfin pour de bon, légers esquifs, au hasard, dans les rues
inondées de Choir. Nous ne les reconnaissions pas, comme s’ils avaient toujours été étrangers. Ces visages souriants, apaisés, nous étaient inconnus.
...je m’arrête ici de copier, mais je me souviens d’avoir levé les yeux du livre, saisi par cette double page
s’achevant sur un cri déchirant dans la sourde oreille de Choir ― ce cri déchirant, ce sommet de lyrisme étant
bien sûr aussitôt moqué par Chevillard, enchaînant :
Il nous saoule bien un peu, l’ancêtre, avec son infini radotage.
...avant de se lancer dans une énumération neutre : équilibre des forces. Mais ce que je retiens finalement de
Choir, c’est sa noire poésie, sous les sarcasmes ; et, jusqu’à l’hallucination, le balancement des pieds nus de Yoakam, dans ce finale de dessin animé crayonné par William
Blake ― pour une fin réussie, c'en est une,
crénom
(J'arrête là mes efforts de critique littéraire. Mais quand on aime, etc.)
Par Didier da
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Publié dans : Hommages
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Échos